Biocarburants : une conception du protectionnisme à géométrie variable

La CR et FGC ont participé au comité biocarburants de FranceAgriMer, vendredi 18 septembre, représentées par Laurent Lheure. Le constat est sans appel : la production de betteraves et de colza sont toutes deux en grande difficulté et les importations d’éthanol, d’huiles et de biodiesel concurrent durement les filières biocarburants.

En 2020, la production baisse de 40 à 60% dans le sud du bassin betteravier, du fait de la jaunisse et de la sécheresse. Les planteurs auront du mal à encaisser le choc et les sucreries vont se retrouver dans une situation difficile.

Les importations d’éthanol en UE ont augmenté de 40%. Tel un cheval de Troie, le Canada nous réexporte de l’éthanol américain grâce à l’accord du CETA (système triangulaire). Au Brésil, arbitre du marché mondial du sucre et de l’éthanol, il y a une récolte de canne à sucre record.

Outre l’effet dévastateur du confinement, les filières du biodiesel souffrent beaucoup des importations en provenance d’Indonésie et d’Argentine et également des importations d’huiles usagées en provenance de Chine. Les filières se plaignent d’un manque de protectionnisme de l’UE face à toutes ces importations mais l’UE, qui a été condamnée par l’OMC, a été forcée d’ouvrir ses frontières.

On note au passage le protectionnisme à géométrie variable des filières « biocarburants », soucieuses de protection pour leurs intérêts mais peu enclines à demander la même chose pour les matières premières agricoles, en premier lieu pour le colza, dont les importations en provenance du Canada et d’Ukraine vont bon train pour approvisionner les triturateurs !

Ce colza d’importation est d’ailleurs pour l’essentiel génétiquement modifié et les tourteaux en résultant, destinés à l’alimentation animale, sont donc “OGM” eux aussi. Des filières “nourri sans OGM” se développement cependant, notamment sur la base d’un approvisionnement en colza, tournesol ou protéagineux français.

Enfin, lorsque les études semblent démontrer que l’huile de palme présente un bilan carbone (émission de gaz à effet de serre) inférieur à ceux du colza et du tournesol, quelle déconvenue !

Pour la CR, il serait plus cohérent d’incorporer l’huile de palme importée dans les carburants et de valoriser les huiles de colza et tournesol français avec le débouché alimentaire, plus rémunérateur pour les agriculteurs, tout en assurant un meilleur contrôle, une meilleure traçabilité et une meilleure qualité nutritionnelle (oméga 3 et 6) au consommateur.