Nouvelle année compliquée en grandes cultures d’après COPA COGECA

Nouvelle année compliquée en grandes cultures d’après COPA COGECA

Alors que les récoltes ont déjà débuté dans le sud de l’Europe et que les conditions météorologiques devraient précipiter les moissons dans la plupart des Etats membres, le Copa et la Cogeca présentaient aujourd’hui, à Bruxelles, leurs prévisions consolidées pour les récoltes de céréales et d’oléoprotéagineux. Selon les premières prévisions des organisations agricoles, 2020 devrait être une année mitigée notamment pour le blé et le colza qui devraient subir des baisses conséquentes de production.

En céréales, l’ensemble de la production de l’UE-28 devrait atteindre la moyenne des cinq dernières années, aux alentours de 305 millions de tonnes. Cependant, la production totale de blé est attendue en net recul de 11,5 % résultant du double effet de la baisse des surfaces cultivées (-3,5 %) et des niveaux de rendement faibles aussi bien en blé tendre qu’en blé dur (-8,3 %). Les conditions de semis à l’automne ayant été fortement affectées par des précipitations importantes, les semis de variétés d’automne tels que le blé d’hiver ont été remplacés par des semis de variétés de printemps tels que l’orge de printemps, l’avoine et le maïs.Les baisses de rendement attendues sont quant à elles principalement imputables aux mauvaises conditions d’implantation des cultures, au déficit hydrique enregistré depuis le printemps et aux attaques d’insectes vecteurs de viroses qui en ont découlé. Sans surprise, cela se traduit par des coûts de production en augmentation principalement au niveau de la protection phytosanitaire notamment contre les maladies et les attaques d’insectes.

Jean-François Isambert, Président du groupe de travail « Céréales », a commenté ces résultats, considérant que « même si ces premières estimations sont entourées d’incertitudes sur les niveaux de rendement, nous sommes extrêmement préoccupés par l’impact de la réduction de la production de blé combinée aux perspectives de forte récession économique globale sur le revenu des céréaliers pour cette campagne de commercialisation 2020/2021 ».

Pour les oléagineux, l’ensemble de la production de l’UE-28 devrait continuer de baisser, passant en dessous des 30 millions de tonnes. Cela est principalement lié à une réduction de 4,5 % de la sole de colza des suites de la sécheresse sévissant dans certains pays européens ou des pluies excessives survenues au moment des semis d’automne conjuguée à une forte pression des maladies et des nuisibles alors que les moyens de lutte sont de plus en plus réduits. Un rendement attendu de l’ordre de celui de 2019 devrait limiter la production de colza pour l’UE-28 à 16,3 millions de tonnes.

Pedro Gallardo, Président du groupe de travail « Oléoprotéagineux », considère pour sa part que ce niveau de production historiquement faible peut être imputé aux politiques européennes menées autour du colza ces dernières années : « Nous avons plafonné les biocarburants, faisant fi de l’impact sur la coproduction de protéines, en limitant notre consommation et en tolérant en même temps “la déforestation importée” de l’étranger. Les producteurs de colza ont, en outre, dû faire face aux maladies et aux nuisibles, qui se sont montrés particulièrement résistants cette année. En raison de l’incapacité des autorités européennes et nationales à obtenir un renouvellement de l’autorisation de plusieurs produits phytosanitaires et en l’absence d’outils de substitution efficaces tels que les nouvelles techniques de sélection génomique, il est de plus en plus difficile pour les agriculteurs européens de produire du colza. Cette réduction des surfaces, si elle persiste dans le temps, pourrait accentuer la nécessité d’importer des matières premières riches en protéines pour l’alimentation animale, ce qui est en contradiction totale avec l’ambition affichée par la Commission de développer les protéines européennes. Une forte réduction des surfaces menace également la viabilité de l’apiculture dans certaines régions européennes. »

Les surfaces de soja et de tournesol progressent légèrement respectivement de 1,4 % et 1,5 % en compensation notamment de la réduction de celle du colza bénéficiant du fait qu’elles soient des cultures de printemps. Les productions de graines de tournesol et de soja sont prévues en hausse de 1,9 %.

Le secteur des protéagineux fait état d’une hausse des emblavements de 6 % passant de 1,582 million d’hectares à 1,674 million d’hectares. Il est trop tôt pour pronostiquer des rendements prévisionnels. Selon Pedro Gallardo, « cette hausse des surfaces s’explique par le report des cultures d’hiver qui n’ont pu être réalisées, par la demande croissante en protéines végétales, notamment en agriculture biologique, ainsi que parles nouveaux régimes alimentaires».