Saint-Louis Sucre : Que penser des créations d’Organisations de producteurs (OP) ?

Saint-Louis Sucre : Que penser des créations d’Organisations de producteurs (OP) ?

Fermeture d’usines, transformation de SICA en organisation de producteurs (OP), incitations incessantes du syndicat betteravier (CGB) à y adhérer, propositions de contrats par l’industriel, création d’une OP d’agriculteurs indépendants ; l’actualité betteravière est chargée ces derniers mois. Eclaircissons le sujet avec Régis Dubois, Président de la Coordination Rurale des Hauts-de-France.

Monsieur Fievez, Président de la CGB dans la Somme déclarait dans l’action agricole du 09 octobre 2019 : « Saint Louis Sucre vient d’envoyer ses contrats pour la prochaine campagne 2020-2021 avant même la signature des accords interprofessionnels, au mépris de la réglementation européenne ».

Que valent ces nouveaux contrats ?

Les prix ne sont toujours pas rémunérateurs, mais ces contrats ont au moins le mérite de nous informer sur les conditions avant engagement, ce qui n’est pas le cas pour de nombreux betteraviers travaillant avec d’autres groupes industriels.

Pourquoi la nouvelle interprofession betteravière (AIBS) n’a toujours pas pris d’accord interprofessionnel ?

Tout simplement parce que la CGB est actuellement à la présidence de l’interprofession et qu’elle fait tout pour empêcher la signature de cet accord. Elle est trop occupée à transformer nos SICA en OP et insiste lourdement pour obtenir notre adhésion.

Que vise la CGB en créant ses OP et en empêchant la signature d’un accord interprofessionnel ?

Récupérer du financement via les cotisations des producteurs ! Le dernier accord interprofessionnel a modifié considérablement le fonctionnement du prélèvement des cotisations syndicales, la CGB aurait perdu la moitié de ses adhérents et donc de ses cotisations. La création d’OP avec des adhésions lui permettrait de conserver son train de vie.

Quel est le danger pour les producteurs ?

L’agriculteur qui adhère à une OP CGB, adhère à une OP commerciale. C’est-à-dire que le planteur transfère la propriété de ses betteraves sans aucune garantie de prix et de durée d’engagement. Il n’est plus soumis au contrat de Saint Louis Sucre, maisdépend d’une structure « obscure » détenue en partie par la CGB et Naples Investissement (une société d’investissement liée à la CGB).

Vous pensez qu’il pourrait y avoir une perte de liberté de décisions pour les planteurs?

C’est évident. Personnellement, je ne comprends pas l’intérêt pour les planteurs de laisser la propriété de leurs betteraves à une organisation syndicale. Ils perdent ainsi tous pouvoirs de décisions. La CGB et Naples Investissement détiennent des parts sociales dans leur OP. Lors de l’AGE modifiant les statuts de la SICA de Roye en OP, une partie des présents a contesté, mais au niveau des votes 88 % des parts sociales exprimées étaient favorables au changement d’objet social. Dès sa constitution, l’OP bafoue le principe un homme une voix. Nous ne serons jamais entendus dans cette structure.

Que conseillez-vous aux producteurs ?

Je conseille fortement aux producteurs qui souhaitent encore produire de la betterave avec Saint-Louis Sucre de continuer leur contractualisation avec l’industriel. La contractualisation proposée a au moins le mérite d’être transparente, en termes de prix et de durée d’engagement. Nous avons encore ce pouvoir de décision, la possibilité de ne pas nous engager si les prix ne nous conviennent pas. En pleine crise betteravière, nos collègues qui travaillent en coopérative n’ont pas eu cette liberté. En vous engageant avec cette OP, vous vous retrouverez dans la même situation.

Vous ne croyez pas à la création d’OP ?

Je ne suis absolument pas opposé à la constitution d’une OP afin de permettre une négociation des contrats Saint-Louis Sucre, mais celle-ci doit être transparente et le producteur doit garder son contrat avec l’industriel sans transférer la propriété de ses betteraves. J’adhérerais à une Organisation de Producteurs, uniquement, si en toute transparence et sans surcharge complémentaire celle-ci me propose clairement un prix rémunérateur. La CR préfère les organisations de producteurs non-commerciales.

A lire également : le positionnement de la CR sur les créations d’Organisations de producteurs (OP)