04 Mar 2026 Flambée des intrants agricoles : la guerre au Moyen-Orient révèle l’impasse du modèle agricole français
Les tensions internationales actuelles dans le détroit d’Ormuz mettent en évidence la fragilité du modèle agricole français intégré à la mondialisation. Depuis leur création, France Grandes Cultures (FGC) et la Coordination Rurale (CR) ont alerté sur les conséquences d’un abandon progressif de la souveraineté alimentaire et énergétique de l’agriculture française. L’actualité internationale dans le Golfe illustre une nouvelle fois cette dure réalité économique.
Une explosion immédiate des coûts de production
La flambée du prix de l’énergie et l’arrêt brutal de la distribution du GNR par le Qatar impactent directement nos agriculteurs. Le GNR, indispensable aux travaux agricoles, repart fortement à la hausse, au moment même où débutent les semis de printemps et où les exploitations sont en pleine période de fertilisation des cultures d’hiver.
Dans le même temps, le prix des engrais azotés explose : dans certains négoces, l’urée atteint déjà 680 €/t, contre 557 €/t il y a à peine dix jours dans certaines coopératives, soit plus de 20 % d’augmentation en quelques jours. Plus grave encore, certains fournisseurs annulent désormais les offres annoncées quelques heures auparavant, preuve d’un marché devenu totalement spéculatif.
Pourtant, ces engrais sont souvent déjà stockés chez les distributeurs et n’ont pas été achetés aux prix actuels des cours. Ces fluctuations profitent avant tout aux spéculateurs au détriment des usagers : agriculteurs comme consommateurs. La Coordination Rurale et FGC attendent de l’Etat une fermeté face aux profiteurs de « guerre ».
Une dépendance politique qui coûte de plus en plus cher
Cette crise énergétique intervient alors que les engrais étaient déjà lourdement impactés par les taxes européennes visant les importations russes, le MACF, ainsi que par la dépendance croissante de l’Europe au gaz importé.
En 2022, le Président Emmanuel Macron avait annoncé la mise en place d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération dédié à la production d’engrais, afin de sécuriser l’approvisionnement et décarboner l’agriculture française. Cette proposition avait été saluée par FGC, car elle permettrait de réduire la dépendance énergétique tout en stabilisant les coûts pour les agriculteurs. Quatre ans plus tard, rien n’a été concrétisé. Quatre années perdues qui se paient aujourd’hui très cher dans les fermes françaises.
Nos demandes
Face à cette situation, FGC et la Coordination Rurale demandent :
- Une transparence immédiate sur la formation des prix des engrais et les pratiques de spéculation ;
- Un plan stratégique européen pour sécuriser la production d’engrais, notamment via l’énergie nucléaire ;
- Des mesures d’urgence ciblées pour compenser la flambée du GNR et des intrants agricoles si la crise venait à perdurer.
L’actualité géopolitique le rappelle une fois de plus : une agriculture dépendante des importations d’énergie et d’intrants est une agriculture vulnérable. Les agriculteurs français ont besoin de vision, de courage politique et de décisions durables, pas de promesses oubliées.